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Auteurs : Jennifer PINI KATZENBERGER PhD; Gilles GUTIERREZ Pharmacien et biologiste.
Les dysménorrhées ou règles douloureuses, se définissent par l’ensemble des douleurs associées aux menstruations. Elles constituent un trouble fonctionnel chez de nombreuses femmes en âge de procréer et un motif fréquent de consultation médicale. Bien que souvent considérée comme bénignes, leurs intensités varient d’une personne à l’autres et elles peuvent entraîner une altération majeure de la qualité de vie impactant aussi bien les activités quotidiennes, professionnelles ou scolaires. Des données de 2024 rapportent que les dysménorrhées touchent entre 20% et 90 % des femmes en âge de procréer, avec une prévalence particulièrement élevée dans certaines populations jeunes ou estudiantines (jusqu’à 80–90 %) et plus faible pour une population adulte (20–50 %).[1] Elle s’accompagne fréquemment de symptômes systémiques tels que douleurs abdominales, crampes pelviennes, fatigue, céphalées et nausées.
Les avancées récentes en physiologie ont permis de mieux comprendre les mécanismes impliqués, ouvrant la voie à des approches thérapeutiques ciblant directement les voies biologiques sous-jacentes.
[1] Barbosa-Silva, J., Avila, M.A., de Oliveira, R.F. et al. Prevalence, pain intensity and symptoms associated with primary dysmenorrhea: a cross-sectional study. BMC Women’s Health 24, 92 (2024).
Au cours du cycle menstruel, la phase des règles correspond à l’élimination de l’endomètre et s’accompagne de contractions utérines destinées à faciliter l’expulsion de l’endomètre. Dans la dysménorrhée primaire, ces contractions deviennent excessives en raison d’une hyperproduction endométriale de prostaglandines, notamment la PGF2α. Ces médiateurs lipidiques augmentent la contractilité du myomètre, provoquant une hyperactivité utérine associée à une vasoconstriction des artérioles utérines. Cette diminution du flux sanguin local entraîne une ischémie transitoire, responsable de la stimulation des nocicepteurs et de la perception douloureuse.
Parallèlement, le GMP cyclique (GMPc), ou guanosine monophosphate cyclique, joue un rôle important dans la relaxation musculaire lisse et la régulation du tonus vasculaire. Cette molécule intervient dans les voies de signalisation favorisant la vasodilatation et la diminution du temps de la contraction musculaire. Une altération de ces mécanismes de relaxation contribue au déséquilibre entre contraction et relâchement du myomètre observé dans la dysménorrhée primaire, renforçant ainsi l’hyperactivité utérine et l’ischémie locale.
Les données cliniques disponibles montrent que cette symptomatologie apparaît généralement au début des menstruations, atteint un pic dans les premières 24 heures puis diminue progressivement en deux à trois jours. L’élévation des prostaglandines explique les manifestations systémiques associées, telles que fatigue, céphalées, nausées ou douleurs lombaires, traduisant une diffusion systémique de ces médiateurs et une réponse globale de l’organisme. Ces mécanismes sont largement décrits dans la littérature médicale, notamment dans les référentiels des MSD Manuals, qui identifient l’hyperactivité utérine et l’ischémie comme des éléments centraux de la physiopathologie de la dysménorrhée primaire.[2]
[2] MSD Manuals – Dysménorrhée (crampes menstruelles).
Sur le plan clinique, la distinction entre dysménorrhée primaire et secondaire demeure essentielle.
La dysménorrhée primaire apparaît dans l’année suivant les premières règles et concerne environ la moitié des jeunes femmes. Elle ne présente aucune lésion organique et est directement liée aux mécanismes physiologiques évoqués précédemment, notamment à l’excès de prostaglandines. Elle tend à s’améliorer avec l’âge adulte ou après une première grossesse.
À l’inverse, la dysménorrhée secondaire résulte d’une pathologie gynécologique sous-jacente, telle que l’endométriose, les fibromes utérins ou l’adénomyose. Elle apparaît souvent plus tardivement, souvent après 25 ans et peut s’intensifier au fil du temps. Dans ce contexte, la douleur résulte de mécanismes plus complexes, incluant inflammation chronique, infiltration tissulaire ou anomalies structurelles. Les douleurs ressenties lors d’une la dysménorrhée secondaire constituent un signal d’alerte nécessitant une évaluation thérapeutique approfondie.
L’intérêt physiologique croissant porté à la voie du GMPc ouvre également des perspectives cliniques intéressantes dans l’évaluation des douleurs menstruelles. En effet, certaines approches capables d’augmenter la disponibilité intracellulaire du GMPc — notamment via l’inhibition de sa dégradation par les phosphodiestérases (PDE) — permettent de favoriser la relaxation du muscle lisse utérin et d’améliorer la perfusion vasculaire locale.
Sur le plan clinique, cette modulation présente un double intérêt. D’une part, elle contribue à diminuer l’hypercontractilité utérine et l’ischémie transitoire impliquées dans la dysménorrhée primaire. D’autre part, la réponse symptomatique observée après modulation de la voie NO/GMPc pourrait constituer un véritable test thérapeutique fonctionnel.[3] En pratique, une amélioration rapide des douleurs menstruelles après soutien pharmacologique ou physiologique de la voie GMPc oriente davantage vers une dysménorrhée primaire, principalement liée à un déséquilibre fonctionnel de la contractilité utérine. À l’inverse, une absence d’amélioration ou une réponse partielle peut faire suspecter une dysménorrhée secondaire sous-jacente, notamment en présence d’endométriose, d’adénomyose ou de fibromes, où les mécanismes douloureux impliquent également des phénomènes inflammatoires chroniques, des lésions tissulaires ou des anomalies anatomiques.
Cette approche présente l’avantage d’être simple, peu invasive et bien tolérée, avec peu d’effets indésirables lorsqu’elle s’inscrit dans une modulation physiologique ciblée des voies NO/GMPc. Elle pourrait ainsi contribuer à améliorer l’orientation diagnostic précoce des patientes tout en limitant le retard de prise en charge fréquemment observé dans les pathologies gynécologiques chroniques telles que l’endométriose.[4]
[3] Hoffman BL, Schorge JO, Bradshaw KD, et al. Williams Gynecology. 4th ed. McGraw-Hill Education; 2020.
[4] Harel Z. Dysmenorrhea in adolescents and young adults: from pathophysiology to pharmacological treatments and management strategies. Expert Opin Pharmacother. 2008 Oct;9(15):2661-72. doi: 10.1517/14656566.9.15.2661. PMID: 18803452.
Malgré sa prévalence élevée, la dysménorrhée reste sous-évaluée. Les données cliniques indiquent qu’une proportion significative de patientes présente une limitation de ses activités quotidiennes pendant les menstruations.
Les observations issues des Hôpitaux Universitaires de Genève confirment que, dans certaines situations, l’intensité des symptômes justifie une prise en charge médicale structurée, soulignant la nécessité d’une meilleure reconnaissance de ce trouble.[5]
[5] Hôpitaux Universitaires de Genève – Douleurs menstruelles.
Les traitements de première intention reposent sur l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, qui inhibent la synthèse des prostaglandines via le blocage des cyclo-oxygénases. Bien qu’efficaces, ces traitements n’agissent pas sur l’ensemble des voies impliquées et peuvent présenter des effets indésirables à long terme.
Dans une perspective intégrative, certaines stratégies visent à moduler les mécanismes physiologiques en amont, en agissant à la fois sur la contractilité utérine, l’inflammation et l’équilibre global de l’organisme. De plus en plus de patients et professionnels portent un intérêt croissant aux approches complémentaires modulant les mécanismes physiologiques impliqués.
Le recours à des actifs d’origine végétale s’inscrit dans cette logique. Leur intérêt réside dans leur capacité à exercer des effets pluriels, incluant des propriétés antispasmodiques, anti-inflammatoires et régulatrices, susceptibles de contribuer à une diminution de la symptomatologie.
Le lycopode, de son nom latin Lycopodium clavatum ou encore griffe de Loup s’inscrit dans cette approche globale. Cette plante herbacée à la famille des Lycopodiacées et se retrouve dans les landes et dans les milieux humides en lisière de forêts. Elle présente une longue tige rampante (jusqu’à 1 m de long) ainsi que des rameaux feuillés espacés mais étroits et dressés, courts d’environ 0,5 cm.
Traditionnellement utilisé pour ses effets sur la sphère digestive et métabolique, cette plante est également mobilisée dans l’accompagnement des troubles fonctionnels, notamment ceux liés au cycle féminin. Dans le contexte de la dysménorrhée, son intérêt vise à soutenir les équilibres physiologiques globaux. Plusieurs études scientifiques sur le Lycopodium clavatum ont montré des effets anti-inflammatoires notamment une diminution de médiateurs inflammatoires tels que : COX-2 ; PGE2 ; IL-1β ; NO (oxyde nitrique) et NF-κB et ERK 1/2, impliqués dans les cascades inflammatoires et la synthèse des prostaglandines (COX-2, PGE2, NF-κB), suggérant un intérêt dans la modulation de l’hypercontractilité utérine associée à la dysménorrhée.[6].
Cette approche est particulièrement pertinente compte tenu des interactions étroites entre systèmes digestif, neurovégétatif et hormonal dans la régulation du cycle menstruel.
[6] Ara Jo, Cho Een Kim, Mina Lee, Serratane triterpenoids isolated from Lycopodium clavatum by bioactivity-guided fractionation attenuate the production of inflammatory mediators, Biooganic Chemistry, volume 96, 2020, 103632, ISSN 0045-2068,
Au-delà de la modulation des prostaglandines, des études scientifiques récents s’intéressent à d’autres voies impliquées dans la régulation de la contractilité utérine, notamment la voie de la GMPc (guanosine monophosphate cyclique) et sa modulation physiologique. Cette voie joue un rôle central dans le contrôle du tonus des muscles lisses, en particulier au niveau vasculaire et utérin.
La GMPc agit comme un second messager intracellulaire synthétisé à partir du GTP sous l’action de la guanylate cyclase, principalement activée par le monoxyde d’azote (NO) et impliquée dans la relaxation des fibres musculaires lisses. La GMPc active différentes protéines kinases, notamment la PKG (protein kinase G), qui induisent une diminution du calcium intracellulaire disponible dans les cellules musculaires lisses. Cette réduction du calcium limite l’interaction actine-myosine responsable de la contraction musculaire et favorise ainsi la relaxation du myomètre.
Parallèlement, l’activation de la voie NO/GMPc entraîne une vasodilatation des artérioles utérines, améliorant le flux sanguin local et limitant les phénomènes d’ischémie transitoire impliqués dans la douleur menstruelle.
Une augmentation de la disponibilité intracellulaire du GMPc contribue donc à diminuer le tonus musculaire utérin, à favoriser une détente plus efficace des fibres musculaires lisses et à limiter l’intensité ou la fréquence des contractions utérines excessives et donc à limiter les phénomènes d’hypercontractilité. Contribuer à l’équilibre de cette voie de signalisation participe donc à prévenir tout déséquilibre entre contraction et relaxation observé dans la dysménorrhée.
Les études scientifiques sur les composés bioactifs d’Opuntia ficus-indica suggèrent que certains de ces composés bioactifs possèdent des propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et vasculoprotectrices (lutte contre la détérioration des petits vaisseaux sanguins ou capillaires) susceptibles d’influencer les voies NO/GMPc impliquées dans la relaxation musculaire lisse. Une revue de référence publiée par El-Mostafa et al. souligne notamment le rôle des polyphénols et flavonoïdes de la figue de Barbarie dans la modulation du stress oxydatif et des mécanismes vasculaires dépendants du monoxyde d’azote (NO)[7]. Dans le même sens, Lee et al. ont montré qu’un extrait d’Opuntia ficus-indica était capable de moduler l’expression de la NO-synthase et de réduire le stress nitrosatif dans des modèles cellulaires inflammatoires.[8] Une étude plus récente de 2021 de Bellafiore et al. a rapporté qu’une supplémentation à base d’Opuntia ficus-indica améliorait les réponses redox et vasculaires après un stress physiologique, suggérant un effet favorable sur la biodisponibilité du NO et les mécanismes de signalisation associés[9].
Ces données contribuent à soutenir l’observation scientifique selon laquelle un extrait ou fraction active de figue de Barbarie contribue au maintien de l’équilibre entre contraction et relaxation musculaire, notamment en agissant sur les voies NO/GMPc impliquées dans la régulation du tonus vasculaire et de la relaxation du muscle utérin.
Ainsi, l’association d’extraits actifs de plantes tels que le lycopode et la figue de Barbarie, constitue une approche complémentaire et préventive innovante en agissant à la fois sur les mécanismes inflammatoires et sur les voies physiologiques impliquées dans la relaxation musculaire. En soutenant notamment la signalisation dépendante du NO/GMPc, ces actifs contribuent à une régulation plus harmonieuse de la contractilité utérine, favorisant l’équilibre entre contraction et relaxation du myomètre et limitant les phénomènes d’hypercontractilité associés à la dysménorrhée.
Cette approche de phytothérapie vise à intervenir en amont d’un processus douloureux, en rétablissant un équilibre harmonieux du muscle utérien entre contraction et relaxation limitant ainsi limitant les phénomènes d’hypercontractilité.
Les avancées récentes dans la compréhension de la physiopathologie de la dysménorrhée soulignent l’intérêt d’approches thérapeutiques ciblant simultanément plusieurs mécanismes impliqués dans la douleur menstruelle. Au-delà de l’hyperproduction de prostaglandines et de l’hypercontractilité utérine, la régulation des voies de signalisation vasculaire et musculaire, notamment celles impliquant le GMP cyclique (GMPc), devient un axe particulièrement pertinent. En favorisant la relaxation du muscle lisse et l’équilibre du tonus vasculaire, cette voie contribue à limiter l’ischémie utérine et l’intensité des manifestations douloureuses.
Dans cette perspective, l’intégration et l’association d’extraits actifs de plantes scientifiquement évalués et contrôlés pour leurs propriétés de soutien dans les voies de modulation de la GMPc représente une stratégie de prévention complémentaire et innovante tout en respectant la physiologie féminine.
Cette approche naturelle et complémentaire ouvre des perspectives intéressantes pour une prise en charge plus globale et individualisée, orientée non seulement vers l’amélioration du confort féminin, mais également vers la restauration d’un équilibre fonctionnel durable.
Références scientifiques
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